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Les beaux moments,
quand rompus de tout,
à un tel point échinés.

Un cassement que nous croyons passager,
nous prolongeons l’autre au plus proche,
la peau effleurant.

Tout se joue de nous,
d’avance,
en secret.

Tout est là,
nous ne décidons pas,
chacun délaissant je-ne-sais-quoi
jusqu’à devenir plus évident,
plus fragile,
bon pour.

Et la marée
monte entre nous
où nos pieds ne touchent plus.

Délesté, sans pesanteurs,
je suis ton asymptote.

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D’un mouvement, d’un point ou d’une ligne.
Une force qui maintient le corps, le déploie, implacable,
le résultat est une épreuve, singulière comme une émotion.
D’un point qui est resté secret, rime,
au bord du trottoir envahit de soleil.
D’une ligne qui serait un train s’il était possible
de remonter en marche sans choisir sa place.
Mouvement tournis va-et-vient yeux bandés,
danse immobile, les heures sans fin.

Ici

Je m’y suis habitué, à ces lieux, dont seule l’importance des noms comptent, d’où je me tire en escaladant une grille ou en passant à travers les regards figés.
Je ne peux pas vous aider, vous ne devriez pas visiter les parkings, les friches isolées, les berges sauvages, mon intrusion dans vos rêveries.

Une variation de lumière, dans l’angle mort, une panique brève.

 

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Nous sommes ici et maintenant. C’est ce que je croyais aussi.
Maintenant j’ai appris à rester ici, dans l’entre deux, sur la tranche de la réalité, sous les taches d’ombres, toutes proches.

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La montée, la saison chaude,

le feu à même la bouche.

D’une autre vallée,

tressaillent sans un bruit

les paupières lourdes.

Sans forces s’étiolent

le corps et la chaleur.

Et ce n’est que l’été,

sans sommeil, terrible.

La vie ma maladie,

les blessures vivent.

Souviens-toi pourquoi,

des mots et des nuits,

tu refais le chemin.

Avance, n’y pense pas.

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Peu à opposer, imposer, supposons.

L’or des façades cloîtrés
où les faussaires boivent.

Le reflet des lumières plastiques
tapissé de vieilleries.

L’ardeur des bontés
qui nous aime en retour.

Le confinement majestueux
qui nous tient interdit.

La parole chagrine
sur le promontoire du rêve.

C’est quelque chose
pour moi-même
à expier sur cette table
dans le domaine lointain.

Éclosions du voyage

Formes temporelles les plus communes
des éclosions du voyage intriguant,
du vertigo des faibles veillées oisives,
de l’entrave par-delà l’ignorance des rangs.
La félicité aveuglant toujours à l’écart des déserts
et du passage de ceux qui crient des mécaniques douces
interrompues par la coutume.

Après le bruit calme de ce qui est sans cesse l’ailleurs,
malgré la distribution de l’oubli, une cité changeante exhume
la tourmente chaude et l’avalanche de sable
dans le sein lourd qui s’étrangle.

Voie violente au ciel les jours sont libre d’ombres,
ils se disloquent lentement,
à l’instant où le cortège de peu
n’a pu bouleverser les heures
et la lumière descend.

Célébration

Il s’éteint dans la quiétude indifférente
Les corps accomplis s’étreignent à ses côtés
Sur le vivant des chairs
Il satisfait au néant pour sonder les plaisirs
Et des multitudes meurtrissent l’astre de ses yeux

Célébration des lignés indolentes
Les poisons tranquilles des voluptés
Et les douces euphories amphisbènes
Ne lui sont mortelles qu’à ces heures

Il plonge une fois encore dans l’abîme
C’est l’extase sans cesse renouvelé
Des fièvres insensés
Et de la perte imminente

Onde

Pour atteindre l’onde la plus proche
Quelques sons que l’on ne croit pas
Qui se répondent d’assez loin

Et la note que j’entends
À l’instant à l’intérieur

Je la suspends à tout autre chose
D’un bond qui capte son angle aigu
Contre le front
Sur les rayons de la nuit

J’ai même tenté
Les lueurs dans le sillon
Le rythme qui se campe au croisement
La basse qui s’allume sans tremblement

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L’emprise en cent expirations
Habileté de l’innocence
Pour que les bêtes se taisent

Rythmer l’esprit
Qui tente de respirer
D’un vide flottant sans mots

Mesuré
Répété
Cadenassé

Cerveau dans le

Les pas…

toujours les pas
l’incertitude à mes tempes

Tu connais, non ?
– C’est très pointu… il paraît.

léger désappointement sur la gauche
un changement d’axe qui tourne court

– Je ne connais pas vraiment…
– Il y avait plus de monde l’autre soir.

effondrement de mes côtes
durcissement de mes nerfs
essoufflement de mes membres

les pas toujours

– Lille, mars 2017