hors de

nous donnerions nos nerfs
pour les sentir encore
mais cette inertie
qui s’infiltre en nous
petit homicide
est le secret blanc de nos jours

nous essayons de suivre
une traînée de poudre
comme si un tel chemin
pouvait faire long feu

nous essayons de nous égarer
loin quand cet air
stagne comme il le fait
sous notre nez
quand les amas noirs
nous tirent en arrière
dans des spirales de mémoires

les idées détruisent nos mains
les dialogues engourdissent nos jambes
doublement nos têtes
s’alourdissent

sauter casser saigner
hors de hors de
avec qui nous courons

———-

J’ai emporté un appareil photo,
je me suis assuré de la présence de mon couteau,
de mes grosses chaussures absurdes,
de ma face grave et bancale
et je suis parti sur les chemins inondés de soleil
avec l’espoir d’être seul.

La poussière décolle et me suit,
la poussière est toujours là.
Je voudrais la semer.
C’est un ensemble de particules poisseuse.
Elles me poissent volontairement.

Je pars au plus loin
après la perte je me perds encore
le paysage me déborde,
la lumière crue,
les grains clairs
de cette aire humaine.

Je n’aboutis pas,
mes pieds me paralysent.
Je marche comme un bousier
et il n’y a personne
pour me voir ici
où le monde commence.

La route est un nouveau récit,
la route est une possibilité offerte
que je dois cultiver seul,
engager mon corps avec force
dans l’immensité.

Sentir comment respirer différemment,
laisser retomber
les pensées
les paroles
et leurs cartes apprises par cœur.

Arpenter le territoire
et non l’histoire du territoire
le visage fermé
les poings aussi.
L’évidence des dommages
dans cette beauté foudroyante.

RFF 2

schyzophréner (ralentir lors d’une perte de contact avec la réalité)

lectuer (appréciation de la littérature avec ou sans préméditation)

quatres (nombre qui montre sa singularité en affirmant sa pluralité)

Egon Spiele (un artiste joueur)

15h10

– HA ! J’ai horreur des tasses qui contiennent à l’extérieur !

RFF 1

Une question idoite (mi-idiote mi-idoine)

Alian (un garçon attachant)

Les auterus (des auteurs en gestation)

À plus trad ! (souhait de se revoir mais à l’ancienne mode)

La piste

Comment es-tu arrivé par ici ? En suivant cette longue route droite comme un boa raide mort ? Cette large piste de sable tassée ? Du sable d’un chantier de destruction qui longe les ruines de béton. Le seul accès poussiéreux à ce qui reste debout.

Tu sais que c’est là que tu vis mais tu ne sais plus depuis combien de temps. Tu habites une ville concassée dont les rares habitants se terrent et s’évitent. Dans un immeuble presque intact, tu occupes un étage dont les murs intérieurs sont transparents. L’intimité y est impossible, tu étouffes à vouloir t’isoler alors que tout te dit que tu es seul. Ces murs nient ta solitude.

Un studio de musique occupe le centre de l’appartement, en faisant le tour par le couloir qui le longe de chaque côté on peut te voir t’y affairer. On n’entend rien de ce qu’il s’y joue, aucun son ne passe à travers les cloisons, même pas une vibration, même pas une seule de tes pensées. Mais on te voit. Donc on t’observe.

Tu t’agites sur un ensemble de claviers, une belle collection de différentes époques dont tu tires des sonorités incongrues. Tout ce qu’on en perçoit c’est ton agitation désordonnée qui rend impossible la compréhension de ta musique. Ta partition n’est que gesticulation.

Au comble de cette frénésie l’observatrice se manifeste. Elle apparaît au détour d’un couloir, elle porte le maquillage de Siouxsie, les vêtements qui auraient pu appartenir à Siouxsie avant le chaos de ce monde. Ses cheveux aussi voudraient être Siouxsie mais ce sont ses cheveux et ils sont très bien comme ça. Malgré qu’ils se donnent des airs de Siouxsie.

Alors, à la voir ainsi de l’autre côté de la transparence, rendue muette par la paroi, belle et inaccessible présence, tu te calmes enfin. Tu poses tes gestes et dans ta pièce la musique s’apaise jusqu’à atteindre une lente transe hypnotique. Il y a moins d’angles dans ton corps. Tu te laisses aller sans regarder où te mène l’écho des dernières notes.

Une dernière pièce se trouve au fond du studio, ce sont les toilettes, on les voit très bien depuis le couloir. Maintenant que tes tensions se sont relâchées tu voudrais bien y aller.

[Should I]
Throw things at the neighbours
Expose myself to strangers?

———-

J’ai troqué mon discernement dans un brouillard d’idée contre une autre langue.
Elle se traduit plus facilement. Il n’y a plus de limite à ce qu’elle peut signifier ou ne pas dire.
Il n’y plus aucune limite à ce que je peux penser à dire.
Mais ce n’est pas ce que je voulais en dire.
Il y a des raisons de ne pas croire à ce que je dis avec cette langue.
C’est la plus belle langue de ce monde.

10h45

– Les ours naissent en février, vous saviez ?

– Ah… non, mais ça explique des trucs…

MF 19

Take me down to the paradise city
Where the girls are green and the grass is stinky
Take me hooome, yeah yeah !

– Puns & Roses « Appetite for Construction » circa 2087

Chamane sur la grève

Nos pas ensablés sont derrière ton horizon
Nous passons comme le moment
Assise sur la grève tu chamanises au devant des vagues

À force de tambour
Tu écoutes les spectres du ressac
Presque le silence

De ton appel au large
La mémoire remonte abyssale
De l’eau au ciel résonne les peaux

Nous restons là, contredit
Ton chant est un murmure qui se détache de l’écume

Tout ce qui s’en vient
Les susurrements de la brise de mer
Tout ce qui part au delà

Et nous aussi nous reviendrons sur nos pas
Respirant à peine mais
Soufflant le ciel hors de nous

23h04

– Vite ! Passe moi un mouchoir ! C’est une question de vie ou de morve !

Philia

les amants bravent l’horizon
ou passent sous la ligne
sous la limite de la raison
arrachant leur écorce blanche
à perte de vue, tête bêche

le monde bégaye
à la lecture de leurs courbes nues

ah ! ce que c’est que d’être ensemble !
les lèvres dans les lèvres
ils ont désiré les échos
ils ont aimé les friches

maintenant c’est fini, la vie
une fois passée à travers eux
emporte ce qui leur appartenait

Curriculum

12. La nuit les terrains vagues reconquièrent leur espace sur nos corons.

11. Derrière le collège des Hauts habite un type à la peau grainée. Il lance des chatons contre les murs de la Place Rouge. On ne sait pas dire si ça l’amuse.

10. Les buveuses de rachacha forment toujours un cercle sur le parking des platanes. Elles prétendent ainsi éviter toute dépendance psychique.

9. Au quartier Bellevue la plupart des habitants meurent dans leur sommeil. Le conseil accuse, parle de gaz inodores, de nuages insidieux. Ceux qui n’arrivent plus à dormir restent le regard fixé sur l’horizon, on les retrouve au matin, raide mort dans leur insomnie les deux mains sur le parapet.

8. J’ai ouvert les yeux et les braises rougeoyaient, oranges et jaunes, blanches, noires, escarbilles mourantes. Le bronze du camarade illustre me regardait lourdement.

7. La ville est née par dessus une ville plus ancienne. Chaque année elle descend sur l’horizon à cause de l’érosion ou d’un trop grand commerce de son sol.

6. Toutes les rues portent le nom d’un musicien mort.

5. Il y a une histoire pour chacun. L’histoire de Microbe, l’histoire de Chignole, celle de Cochon et de son cousin, l’histoire de Dadaï. Et celle de l’autre qui est mort une nuit sous un banc humide.

4. L’année dernière, ou bien il y a trente ans, les garçons ont mis le feu au chantier. Ils se roulaient dans les flaques pour éteindre leurs chairs. C’est la fumée qui nous a alerté, la fumée qui prenait tout le ciel. La fumée pas l’odeur.

3. Tout le monde a connu l’histoire de la jeune serveuse du rade au pied du bunker. Personne ne s’en est jamais remis.

2. Chaque automne, les errants de la dune, les petits vieux du bourg et les chercheurs de bistre montrent leurs plus belles lumières. Personne ne gagne jamais à la comparaison.

1. Je suis né d’une ville nouvelle bien que j’ai l’air de sortir de la houille blanche.