J’ai emporté un appareil photo,
je me suis assuré de la présence de mon couteau,
de mes grosses chaussures absurdes,
de ma face grave et bancale
et je suis parti sur les chemins inondés de soleil
avec l’espoir d’être seul.

La poussière décolle et me suit,
la poussière est toujours là.
Je voudrais la semer.
C’est un ensemble de particules poisseuse.
Elles me poissent volontairement.

Je pars au plus loin
après la perte je me perds encore
le paysage me déborde,
la lumière crue,
les grains clairs
de cette aire humaine.

Je n’aboutis pas,
mes pieds me paralysent.
Je marche comme un bousier
et il n’y a personne
pour me voir ici
où le monde commence.

La route est un nouveau récit,
la route est une possibilité offerte
que je dois cultiver seul,
engager mon corps avec force
dans l’immensité.

Sentir comment respirer différemment,
laisser retomber
les pensées
les paroles
et leurs cartes apprises par cœur.

Arpenter le territoire
et non l’histoire du territoire
le visage fermé
les poings aussi.
L’évidence des dommages
dans cette beauté foudroyante.