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Peu à opposer, imposer, supposons.

L’or des façades cloîtrés
où les faussaires boivent.

Le reflet des lumières plastiques
tapissé de vieilleries.

L’ardeur des bontés
qui nous aime en retour.

Le confinement majestueux
qui nous tient interdit.

La parole chagrine
sur le promontoire du rêve.

C’est quelque chose
pour moi-même
à expier sur cette table
dans le domaine lointain.

Éclosions du voyage

Formes temporelles les plus communes
des éclosions du voyage intriguant,
du vertigo des faibles veillées oisives,
de l’entrave par-delà l’ignorance des rangs.
La félicité aveuglant toujours à l’écart des déserts
et du passage de ceux qui crient des mécaniques douces
interrompues par la coutume.

Après le bruit calme de ce qui est sans cesse l’ailleurs,
malgré la distribution de l’oubli, une cité changeante exhume
la tourmente chaude et l’avalanche de sable
dans le sein lourd qui s’étrangle.

Voie violente au ciel les jours sont libre d’ombres,
ils se disloquent lentement,
à l’instant où le cortège de peu
n’a pu bouleverser les heures
et la lumière descend.

Célébration

Il s’éteint dans la quiétude indifférente
Les corps accomplis s’étreignent à ses côtés
Sur le vivant des chairs
Il satisfait au néant pour sonder les plaisirs
Et des multitudes meurtrissent l’astre de ses yeux

Célébration des lignés indolentes
Les poisons tranquilles des voluptés
Et les douces euphories amphisbènes
Ne lui sont mortelles qu’à ces heures

Il plonge une fois encore dans l’abîme
C’est l’extase sans cesse renouvelé
Des fièvres insensés
Et de la perte imminente

Onde

Pour atteindre l’onde la plus proche
Quelques sons que l’on ne croit pas
Qui se répondent d’assez loin

Et la note que j’entends
À l’instant à l’intérieur

Je la suspends à tout autre chose
D’un bond qui capte son angle aigu
Contre le front
Sur les rayons de la nuit

J’ai même tenté
Les lueurs dans le sillon
Le rythme qui se campe au croisement
La basse qui s’allume sans tremblement

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L’emprise en cent expirations
Habileté de l’innocence
Pour que les bêtes se taisent

Rythmer l’esprit
Qui tente de respirer
D’un vide flottant sans mots

Mesuré
Répété
Cadenassé

Cerveau dans le

Les pas…

toujours les pas
l’incertitude à mes tempes

Tu connais, non ?
– C’est très pointu… il paraît.

léger désappointement sur la gauche
un changement d’axe qui tourne court

– Je ne connais pas vraiment…
– Il y avait plus de monde l’autre soir.

effondrement de mes côtes
durcissement de mes nerfs
essoufflement de mes membres

les pas toujours

– Lille, mars 2017

Manifeste

Manifeste ta gueule ou autre chose
Rouge et rien sur la tête boule de nerfs
Noire tranche de l’ombre
Les tripes envahies de volutes concrètes

Dates importantes combien de fois
Libère les rues des cris pleins exulte
Ensemble et la circonvolution propice
La détermination habile en tête en bloc des pas

Presse ton poing l’arme d’une voix
Sur les pavés
Franchit une route dérisoire
Alentour de fracas de feu de bras

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Tout se brise
L’autre rive que je n’accoste
Les chemins efflanqués d’être introuvables
Impression renversée de mon œil

Un détour d’autre part ne se répète pas
Un écart où le tourment se met en page
Attaché à la clôture de l’intrigue
Mon illusion est durée

Dans une crevasse secondaire
Souches cerclées, résumé de vie
Je n’enfouis pas la langue
D’une trêve de distance rêvée

La volonté ouverte

La forme s’ouvre à l’attention
Légèreté vaincue imparfaitement
À nouveau un soleil minimal
Tourne sous l’ombre étouffée

Le ciel sur tout l’azur
Un dessin fixe fugace
Image lumière sans nous
Le temps foisonnant

Un cœur pour chaque jour à l’idéal incertain
Monte vers nos lignes d’horizon
Et sous la terre retenue
La volonté ouverte

mode avion

l’instinct au dehors
changer le décor
de l’ennui

à l’écart des éclats distants
à la lisière des boîtes
en prise avec les vents
avec l’ivresse du vin

je me sens rouge

bondir dans les couloirs
et courir sur les quais
des ailleurs qui se confondent
et des séparations

l’instant à la limite
basculer

Si je pars

Si je pars vers la ville où tout est cendre
le sel de mes veines sur les trottoirs lunaires
les cales pleines des doutes juvéniles
sans ce cœur meurtri
vers la rue seule
la rue qui feinte et qui terrasse
dès ce jour je dis sur la perspective qui fuit
je dis la brèche d’ombre de la cité qui tremble
sans rien d’autre que mes mains indulgentes et besogneuses
ce jour sans rien perdre des éclats du jour
mes mains neuves pour tout défi
le cœur si retranché dans les murs d’épines
les élans abrégés par l’intuition des autres
et les lueurs contenues dans le murmure des astres
où la clarté peine a maintenir la joie
il faut un reflux infime de mes doigts
l’articulation d’un geste en décalage
tout reprendre
les habitudes des jours qui tombent
et je parle avec soif des retours

Distance

Ce matin le compteur
de mon scooter indique
trois mille kilomètres

Distance parcourue cette année
Banlieue – Paris
banlieue – banlieue

C’est aussi la distance
à vol d’oiseau vers

Beyrouth
Danmarkshavn
Damas
Longyearbyen
Samara
La pleine mer

Au choix

Tous ces lieux
non survolés cette année

Je ne suis pas un oiseau

Vérité des sphères

Tu es comme la vérité des sphères. Tu parles d’espace et de cercles, d’orbite, avec sa trajectoire. Les savants hurlent que le champ est clos. Que la mouvance de tes pensées est faite de bricole. La première fois tu ne les as pas calculé. Tu sais pour toi ce que cache leurs théorèmes. Tu dis la farce crue sous les jolis atours. La farce sertie des grades du savoir et des costumes à pas de prix. La seconde fois tu as pivoté pour ôter ton masque. Un tourbillon calme, sec et retenu sous les voûtes, sans refaire la démonstration, sans perdre la mesure du bouleversement. L’ordre ancien est rompu, façonne nos vaisseaux. Sur la pointe du jour, horizon sans égal, arque un feu fortifié par les vents. En fuite du vieux monde, lancé par dessus la grande commune, en fuite depuis l’observatoire, tu spirales tes ralliements.

Échangeur des mirages

Il ne sent pas l’essence cénesthésique dans les bas-côtés de ferraille qui partent des entrelacs, de l’oléolat des mazouts. Il ne sait pas que c’est lui qui gondole autour de la ville et envoie sa raison à la troposphère !

Ne croit pas qu’il soit venu sur le terrain des vieilles querelles et que tu cites, colporteur bavard, la résolution des symboles maudits et sans fards ; eux qui méconnaissent sont perdus.

Chaque fois, il lui faut repartir vers le détour, la boucle bitumeuse qui n’en finit pas.
Ses affairements nocturnes hâtifs interdisent le sens du trafic.

Où lâchera-t-il l’itinéraire, sans cesse inaccessible, le délestage du songe ? La longueur fuyante de la route lui est connue, même sa valeur absconse et sa défaillance sans limites. Pauvre rêve qui vient par trop souvent le tourmenter de coaltar et de malthe.

Nacre

Ne restait plus à ses côtés charnels et pâles
que les éclats, les fragments épanouis;
elle se tenait entre le lit et la fenêtre,
vaguement, la claire lumière contre elle ondulait.

Les mouettes se répandaient rieuses ou s’alignaient sur l’arrête.

Du canal aux trouées de mer,
le jour derrière les brumes matinales,
tout lui semblait tenir dans cette chambre.

Les vagues sous le sable et la jetée de nacre.
L’escalier trop droit pour trois scaphandres.
La conversation ininterrompue malgré le souffle court et l’écume.

On aurait pu croire, les yeux fermés sur le couchant,
le retour inévitable à l’aplomb,
que le calme baissait au revers de la vitre.

Migre

chaque nuit il faudra te récuser
cheminer sous les inaptitudes
comme l’ombrage des frontières
pour une furie
pour un défunt
à peine d’autres saisons anéantiront ton corps
des pierres à tes poings
tu iras sous les artères

sans impatience
sans appel

tu as pratiqué l’arène
tu es le récif en méprise
et les flots et les routes

tous le tairons
tu seras nié
nous serons neutre

lequel le dira
nous avons retenu des vies dans nos nasses
il fallait un crève-cœur
et le monde perdu par omission

Dieu mégaphone

En pleine rue Dieu mégaphone
des oukases électroportatives
lénifiantes

Priez ! Priez avec hygiène !
Sur la place
repentez vos ouïes !

Repérez vos ouailles
réseau sous-jacent
il faut du temps
pour souligner leur étalement

Ils se comptent désormais
Ils font assaut de toute voix
Ils révèlent en écho

Trompetant sept fois
de la rue des Martyrs
aux Filles du Calvaire
Vacillant les hauts murs pourpres
et les miroirs

Sur le boulevard
confessez vos tympans !

– Tu sais, c’est incroyable comme ils sont latents.
D’abord ils ne se dénombrent pas, et puis,
au sortir d’une bouche de métro, ils sont légion.

Ne pas

concrete

Ne pas
rester à ne rien faire
rester à trainer

Ne pas
rester

Ne pas
se désintéresser du devenir du monde
se désintéresser de son destin

Ne pas
se désintéresser

Ne pas promener un regard
amer et comique
sur la foule qui se presse
à sa propre perte

Et
ne pas
se laisser aller
à les suivre

Riva Bella

ouistreham-brume

nous sommes pas à pas
avançant notre déséquilibre
célébrant nos voix dans la brume
des boucles brunes cérébrales

quelques perles de brouillard
quelque goutte à goutte
en repère fragile

nous sommes mouvement frontal
chute sans à plat
horizon cardinal