Comment es-tu arrivé par ici ? En suivant cette longue route droite comme un boa raide mort ? Cette large piste de sable tassée ? Du sable d’un chantier de destruction qui longe les ruines de béton. Le seul accès poussiéreux à ce qui reste debout.

Tu sais que c’est là que tu vis mais tu ne sais plus depuis combien de temps. Tu habites une ville concassée dont les rares habitants se terrent et s’évitent. Dans un immeuble presque intact, tu occupes un étage dont les murs intérieurs sont transparents. L’intimité y est impossible, tu étouffes à vouloir t’isoler alors que tout te dit que tu es seul. Ces murs nient ta solitude.

Un studio de musique occupe le centre de l’appartement, en faisant le tour par le couloir qui le longe de chaque côté on peut te voir t’y affairer. On n’entend rien de ce qu’il s’y joue, aucun son ne passe à travers les cloisons, même pas une vibration, même pas une seule de tes pensées. Mais on te voit. Donc on t’observe.

Tu t’agites sur un ensemble de claviers, une belle collection de différentes époques dont tu tires des sonorités incongrues. Tout ce qu’on en perçoit c’est ton agitation désordonnée qui rend impossible la compréhension de ta musique. Ta partition n’est que gesticulation.

Au comble de cette frénésie l’observatrice se manifeste. Elle apparaît au détour d’un couloir, elle porte le maquillage de Siouxsie, les vêtements qui auraient pu appartenir à Siouxsie avant le chaos de ce monde. Ses cheveux aussi voudraient être Siouxsie mais ce sont ses cheveux et ils sont très bien comme ça. Malgré qu’ils se donnent des airs de Siouxsie.

Alors, à la voir ainsi de l’autre côté de la transparence, rendue muette par la paroi, belle et inaccessible présence, tu te calmes enfin. Tu poses tes gestes et dans ta pièce la musique s’apaise jusqu’à atteindre une lente transe hypnotique. Il y a moins d’angles dans ton corps. Tu te laisses aller sans regarder où te mène l’écho des dernières notes.

Une dernière pièce se trouve au fond du studio, ce sont les toilettes, on les voit très bien depuis le couloir. Maintenant que tes tensions se sont relâchées tu voudrais bien y aller.

[Should I]
Throw things at the neighbours
Expose myself to strangers?