12. La nuit les terrains vagues reconquièrent leur espace sur nos corons.

11. Derrière le collège des Hauts habite un type à la peau grainée. Il lance des chatons contre les murs de la Place Rouge. On ne sait pas dire si ça l’amuse.

10. Les buveuses de rachacha forment toujours un cercle sur le parking des platanes. Elles prétendent ainsi éviter toute dépendance psychique.

9. Au quartier Bellevue la plupart des habitants meurent dans leur sommeil. Le conseil accuse, parle de gaz inodores, de nuages insidieux. Ceux qui n’arrivent plus à dormir restent le regard fixé sur l’horizon, on les retrouve au matin, raide mort dans leur insomnie les deux mains sur le parapet.

8. J’ai ouvert les yeux et les braises rougeoyaient, oranges et jaunes, blanches, noires, escarbilles mourantes. Le bronze du camarade illustre me regardait lourdement.

7. La ville est née par dessus une ville plus ancienne. Chaque année elle descend sur l’horizon à cause de l’érosion ou d’un trop grand commerce de son sol.

6. Toutes les rues portent le nom d’un musicien mort.

5. Il y a une histoire pour chacun. L’histoire de Microbe, l’histoire de Chignole, celle de Cochon et de son cousin, l’histoire de Dadaï. Et celle de l’autre qui est mort une nuit sous un banc humide.

4. L’année dernière, ou bien il y a trente ans, les garçons ont mis le feu au chantier. Ils se roulaient dans les flaques pour éteindre leurs chairs. C’est la fumée qui nous a alerté, la fumée qui prenait tout le ciel. La fumée pas l’odeur.

3. Tout le monde a connu l’histoire de la jeune serveuse du rade au pied du bunker. Personne ne s’en est jamais remis.

2. Chaque automne, les errants de la dune, les petits vieux du bourg et les chercheurs de bistre montrent leurs plus belles lumières. Personne ne gagne jamais à la comparaison.

1. Je suis né d’une ville nouvelle bien que j’ai l’air de sortir de la houille blanche.