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Catégorie : POÉSIE

L’arbre en nous

Une expo avec l’illustratrice Sifar à partir du 15 janvier et jusqu’à mi-février au 12 rue de la Solidarité 75019 Paris.

Vernissage le 15 janvier à 19H, vous êtes les bienvenus !

“Dis la brèche d’ombre de la forêt qui tremble
Sans rien d’autre que tes mains indulgentes et besogneuses
Sans rien perdre des éclats du jour…”
keny

hors de

nous donnerions nos nerfs
pour les sentir encore
mais cette inertie
qui s’infiltre en nous
petit homicide
est le secret blanc de nos jours

nous essayons de suivre
une traînée de poudre
comme si un tel chemin
pouvait faire long feu

nous essayons de nous égarer
loin quand cet air
stagne comme il le fait
sous notre nez
quand les amas noirs
nous tirent en arrière
dans des spirales de mémoires

les idées détruisent nos mains
les dialogues engourdissent nos jambes
doublement nos têtes
s’alourdissent

sauter casser saigner
hors de hors de
avec qui nous courons

———-

J’ai emporté un appareil photo,
je me suis assuré de la présence de mon couteau,
de mes grosses chaussures absurdes,
de ma face grave et bancale
et je suis parti sur les chemins inondés de soleil
avec l’espoir d’être seul.

La poussière décolle et me suit,
la poussière est toujours là.
Je voudrais la semer.
C’est un ensemble de particules poisseuse.
Elles me poissent volontairement.

Je pars au plus loin
après la perte je me perds encore
le paysage me déborde,
la lumière crue,
les grains clairs
de cette aire humaine.

Je n’aboutis pas,
mes pieds me paralysent.
Je marche comme un bousier
et il n’y a personne
pour me voir ici
où le monde commence.

La route est un nouveau récit,
la route est une possibilité offerte
que je dois cultiver seul,
engager mon corps avec force
dans l’immensité.

Sentir comment respirer différemment,
laisser retomber
les pensées
les paroles
et leurs cartes apprises par cœur.

Arpenter le territoire
et non l’histoire du territoire
le visage fermé
les poings aussi.
L’évidence des dommages
dans cette beauté foudroyante.

La piste

Comment es-tu arrivé par ici ? En suivant cette longue route droite comme un boa raide mort ? Cette large piste de sable tassée ? Du sable d’un chantier de destruction qui longe les ruines de béton. Le seul accès poussiéreux à ce qui reste debout.

Tu sais que c’est là que tu vis mais tu ne sais plus depuis combien de temps. Tu habites une ville concassée dont les rares habitants se terrent et s’évitent. Dans un immeuble presque intact, tu occupes un étage dont les murs intérieurs sont transparents. L’intimité y est impossible, tu étouffes à vouloir t’isoler alors que tout te dit que tu es seul. Ces murs nient ta solitude.

Un studio de musique occupe le centre de l’appartement, en faisant le tour par le couloir qui le longe de chaque côté on peut te voir t’y affairer. On n’entend rien de ce qu’il s’y joue, aucun son ne passe à travers les cloisons, même pas une vibration, même pas une seule de tes pensées. Mais on te voit. Donc on t’observe.

Tu t’agites sur un ensemble de claviers, une belle collection de différentes époques dont tu tires des sonorités incongrues. Tout ce qu’on en perçoit c’est ton agitation désordonnée qui rend impossible la compréhension de ta musique. Ta partition n’est que gesticulation.

Au comble de cette frénésie l’observatrice se manifeste. Elle apparaît au détour d’un couloir, elle porte le maquillage de Siouxsie, les vêtements qui auraient pu appartenir à Siouxsie avant le chaos de ce monde. Ses cheveux aussi voudraient être Siouxsie mais ce sont ses cheveux et ils sont très bien comme ça. Malgré qu’ils se donnent des airs de Siouxsie.

Alors, à la voir ainsi de l’autre côté de la transparence, rendue muette par la paroi, belle et inaccessible présence, tu te calmes enfin. Tu poses tes gestes et dans ta pièce la musique s’apaise jusqu’à atteindre une lente transe hypnotique. Il y a moins d’angles dans ton corps. Tu te laisses aller sans regarder où te mène l’écho des dernières notes.

Une dernière pièce se trouve au fond du studio, ce sont les toilettes, on les voit très bien depuis le couloir. Maintenant que tes tensions se sont relâchées tu voudrais bien y aller.

[Should I]
Throw things at the neighbours
Expose myself to strangers?

Philia

les amants bravent l’horizon
ou passent sous la ligne
sous la limite de la raison
arrachant leur écorce blanche
à perte de vue, tête bêche

le monde bégaye
à la lecture de leurs courbes nues

ah ! ce que c’est que d’être ensemble !
les lèvres dans les lèvres
ils ont désiré les échos
ils ont aimé les friches

maintenant c’est fini, la vie
une fois passée à travers eux
emporte ce qui leur appartenait

Ma tête en raku

Elle m’a dit je vais te remettre à l’endroit tu as les idées à l’envers. Elle m’a dit, homme-lune, tu as la tête creuse. Ta tête sélène, creuse. Elle a dit qu’on pouvait le dire aussi comme ça et qu’il fallait que ma tête refasse le chemin à l’endroit. Pour trouver le bon sens.

J’ai regardé ma tête. Elle était sans dessus dessous mais elle ne me semblait pas aller de travers. Elle était creuse mais je l’avais toujours connu comme ça. Je pense qu’on peut le formuler ainsi.

En me rapprochant de ma tête je l’ai trouvé bien froide. En me rapprochant de son creux j’ai brisé son isolement. En entrant par ses failles j’ai scellé sa reconstruction.

Elle m’a dit range-toi, mais range-toi donc à ces positions ! Il faudrait que ta tête tienne, je la vois qui balance. Range donc ces propositions. Il faudrait que ce geste soit le tien pour éviter tout sacrifice.

J’ai pris ma tête doucement et l’ai posé là, sur l’étagère. Elle me fait face maintenant. Nous attendons elle et moi de comprendre en creux. Je ne sais plus dans quel sens je dois la remplir.

St Claude

Petit matin, petite ville, ça pourrait être la banlieue. Tu écris sur le zinc. À ta gauche quelqu’un tente sa chance au grattage avec l’espoir de ne plus avoir à gratter. C’est souvent comme ça, la vie est son contraire. Tu écris sur le zinc, autour de toi, faux cuir, stuc, faux bois. Tu demandes un petit café, le barman le sert très court. C’est le début de sa journée trop longue. Tu écris serré sur le zinc.
Tu as beau écrire, ici et maintenant, il n’y a que le livreur qui livre.

Soliloque

Jours scintillants comme la côte
Dont l’esprit nous couche sur la roche meurtrie
Grâce qui ne regarde jamais
Que je n’ai jamais vu

Dormir seul dans le matin courbe
Les épaules rentrées avant l’aube
Qui n’existe pas encore
Une certaine idée de l’attente

Les arbres sont tes mains pliées pour deux
En ombres impatientes
À nous le soleil anxieux

Je pourrais dans un creux
Chagrin noir cœur lisse
Pourrir ici

Quelque chose comme le sable
Vie abondante
Prend la musique au vent
Le plus beau dialogue
Il n’y a rien de plus à dire
Tu parles
Tu te parles